De graves accusations de violations des droits humains et de dysfonctionnements judiciaires sont portées contre certaines autorités judiciaires et pénitentiaires du territoire d’Aru, dans la province de l’Ituri. Des acteurs de la société civile ainsi que de nombreux citoyens dénoncent une violation manifeste de l’ordonnance n°344 du 17 septembre 1965 relative au régime pénitentiaire, une situation qui exposerait gravement la vie et la dignité des personnes privées de liberté. C’est ce qu’a dénoncé Georges Angunizu Manikani, coordonnateur de la Fondation AMG basée à Ariwara dans une alerte rendue publique.
Selon ses déclarations recueillis par Actuafrique7.cd, les conditions de détention à Aru seraient caractérisées par un profond mépris de la vie humaine et de la dignité des détenus. L’insalubrité avancée des lieux de détention, les détentions préventives abusives et prolongées ainsi que des conditions de vie jugées inhumaines sont régulièrement évoquées. À cela s’ajoute une justice décrite comme marchande, où l’accès aux procédures dépendrait de paiements imposés aux plaignants ou aux familles des détenus, dans un climat de corruption largement dénoncé.
Ces dysfonctionnements auraient déjà coûté la vie à plusieurs personnes mortes en détention, notamment Koko, Eneku et Otsa. À ce jour, aucune communication officielle convaincante ni enquête publique transparente n’a permis d’établir les circonstances exactes de ces décès, renforçant l’indignation et la méfiance au sein de la population locale.
Face à cette situation jugée alarmante, des voix s’élèvent pour appeler la population à la prudence dans le recours à l’appareil judiciaire du territoire. Pour de nombreux observateurs, envoyer un citoyen congolais en détention à Aru représenterait un risque grave, parfois irréversible. Les familles des personnes décédées en détention sont encouragées à s’organiser collectivement afin de déposer des plaintes contre les autorités judiciaires concernées et d’exiger l’ouverture d’enquêtes indépendantes, crédibles et transparentes. Un collectif d’avocats volontaires devrait prochainement être mobilisé pour accompagner ces familles dans leurs démarches.
Dans l’attente d’une amélioration réelle du fonctionnement de la justice, la population est également invitée à privilégier les procédures préjuridictionnelles prévues par la loi organique n°13/011-B du 11 avril 2023 ainsi que les mécanismes coutumiers de règlement des conflits, reconnus par le droit congolais. Fondés sur la palabre, la médiation communautaire et l’autorité traditionnelle, ces mécanismes constituent un complément légal au droit écrit dans la recherche de solutions pacifiques aux différends.
Par ailleurs, des dénonciations visent certains officiers de police judiciaire du territoire d’Aru, notamment dans la zone de Zaki, accusés d’imposer des amendes jugées exorbitantes et irréalistes. Ces pratiques contraindraient des familles à vendre leurs champs ou leurs biens afin d’obtenir la libération de leurs proches, une situation considérée comme socialement destructrice et juridiquement inacceptable par plusieurs acteurs locaux.
Malgré ces tensions, des notables et membres de la société civile rappellent qu’Aru demeure une terre pacifique et hospitalière. Toute tentative d’intimidation, d’anéantissement de la population ou d’élimination de ses leaders est perçue comme vouée à l’échec face à la résilience d’un peuple déterminé à défendre ses droits et sa dignité. Les auteurs de cette alerte appellent enfin les autorités provinciales et nationales à intervenir en urgence afin de restaurer l’État de droit, protéger les citoyens et mettre un terme aux abus signalés.
Cellule de communication
de ANGUNIZU MANIKANI GEORGES