Genocost” : le devoir de mémoire face à l’effacement du drame congolais

Le mot est encore peu connu du grand public, mais il s’impose de plus en plus dans les milieux militants et intellectuels congolais : Genocost. Un néologisme né de la contraction entre génocide et cost (coût, en anglais), pour désigner le prix humain, historique, psychologique et géopolitique des violences subies par la République démocratique du Congo depuis plus de 25 ans.

Plus qu’un simple mot, Genocost est un concept politique et moral, destiné à briser le silence qui entoure l’un des plus longs conflits au monde. Des millions de morts, des régions entières dévastées, une société fracturée par les viols, les déplacements et l’impunité : la mémoire collective congolaise souffre d’amnésie forcée, dans un monde qui regarde ailleurs.

Alors que les récits sur les conflits en RDC sont souvent réduits à des chiffres froids ou à des considérations géostratégiques, Genocost tente de réhumaniser l’histoire congolaise, en posant une question essentielle : Qui paiera la dette de souffrance des Congolais ?

Le Dr Denis Mukwege, figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles, rappelle que les exactions actuelles dans l’Est du pays ne sont pas des faits isolés. Selon lui, les violences des groupes armés comme l’AFC/M23 participent d’un projet plus large de démantèlement de l’État congolais, facilité par l’effondrement des institutions et l’indifférence internationale.

“Le fédéralisme armé qu’ils promeuvent, c’est une stratégie de morcellement. Et derrière ce morcellement, il y a un silence complice sur les massacres, les viols et les déplacements forcés”, dénonce Mukwege.

Le Genocost n’est pas une plainte. C’est un outil de combat, une manière de réclamer justice et réparations. Ses défenseurs plaident pour la reconnaissance officielle des crimes commis en RDC comme crimes contre l’humanité voire génocides, mais aussi pour la mise en place d’un tribunal international pour le Congo, comme recommandé dans le Rapport Mapping de l’ONU.

C’est aussi un outil de pédagogie : pour rappeler aux jeunes générations que la paix ne se décrète pas, elle se construit sur la vérité et la mémoire.

En RDC, le Genocost n’est pas une fatalité. C’est un rappel : que le pays ne peut se reconstruire sans justice, ni unité, ni mémoire.

Elias Magumba