La population de la province de l’Ituri, à l’est de la RDC, exprime une vive indignation face à la montée brutale de l’insécurité, notamment dans le territoire de Djugu. Ce jeudi 24 juillet 2025, Le Bureau de Coordination de la Société Civile Forces Vives d’Ituri, réuni pour évaluer la situation entre le 7 et le 22 juillet 2025, dresse un tableau alarmant d’exactions attribuées à la fois aux groupes armés et à certains éléments incontrôlés des Forces armées de la RDC (FARDC).
Selon le rapport, les affrontements ont repris depuis la semaine du 13 juillet entre les FARDC et les rebelles de la Convention pour la Révolution du Peuple (CRP), dirigée par Thomas Lubanga. À plusieurs reprises, les combats ont touché des zones civiles. Le 16 juillet, un échange de tirs près de Kpandole a fait 13 morts civils et 10 blessés. À Lopa, des tirs des FARDC ont semé la panique dans une église et interrompu les examens des élèves finalistes.
Du 18 au 20 juillet, d’autres incidents graves ont été signalés : deux civils tués à Landja par les tirs d’une escorte militaire, des pillages de commerces et de biens privés, y compris des motos, téléphones, or et carburant. Des accusations pointent certains militaires qui auraient participé à ces pillages.
Le 21 juillet, de nouvelles violences ont été attribuées à des miliciens de la CODECO, malgré leur engagement récent à la cessation des hostilités au dialogue d’Aru II. Ces derniers ont attaqué Lopa, Nizi et Gina, semant la terreur : boutiques pillées, civils tués, femmes violées et même la paroisse catholique de Lopa profanée. Ce qui scandalise particulièrement la population, c’est que ces exactions se seraient produites en présence de contingents des FARDC et de la MONUSCO, sans réaction.
Le lendemain, des hélicoptères des FARDC ont largué des bombes sur les villages de Tche et Gotsodjo, faisant plusieurs blessés, dont des enfants et des femmes, et provoquant des incendies.
Le bilan provisoire des attaques du 21 juillet est lourd :
• À Lopa : 3 morts, 2 femmes violées, 3 blessés, boutiques pillées, église profanée.
• À Nizi : 17 morts, 4 blessés, pillages généralisés.
Face à cette situation, la Société Civile dénonce une triple responsabilité : celle des groupes armés comme la CRP et la CODECO, mais aussi celle de certains éléments FARDC qui se seraient compromis dans des actes contraires à leur mission de protection. Elle condamne avec fermeté le retour aux crimes contre l’humanité par la CODECO, alors que ses chefs venaient à peine de signer des engagements de paix.
Dans sa déclaration, la Société Civile s’interroge : la CODECO a-t-elle été intégrée dans les FARDC, comme elle l’affirme, et si oui, pourquoi continue-t-elle à s’en prendre aux civils ?
Recommandations urgentes
La Coordination provinciale adresse plusieurs appels :
• Au Président de la République, Félix Tshisekedi, d’accorder une attention particulière à la situation sécuritaire de l’Ituri, jugée négligée.
• Au gouverneur militaire de renforcer les relations entre civils et militaires, de garantir la sécurité des élèves et d’assurer la traque de tous les groupes armés sans discrimination.
• À la justice militaire, d’ouvrir immédiatement des enquêtes sur les massacres de Lopa, Nizi et Iga Barrière.
• Aux groupes armés, de respecter les engagements pris à Aru II et de renoncer aux violences.
• À la population, de rester calme, de collaborer avec les forces loyalistes, et de dénoncer les ennemis de la paix.
La société civile insiste enfin sur la nécessité de réactiver la Commission de sensibilisation à la prise de conscience collective pour la paix, afin de combler le vide laissé par l’État et restaurer la confiance entre les communautés.
“Ce n’est pas Kinshasa qui meurt, ce sont les Congolais de l’Ituri”, souligne avec amertume un extrait du communiqué.
Elias Magumba
