Dot-Kibali : Un outil de développement communautaire pris en otage ? (éditorial)

La rédaction d’ActuAfrique7.cd s’interroge aujourd’hui sur l’évolution d’un projet qui, sur le papier, semblait prometteur : la dotation communautaire de 0,3 % du chiffre d’affaires de Kibali Gold Mines, la plus grande mine d’or d’Afrique, implantée dans la province du Haut-Uele dans le nord-est de la République Démocratique du Congo. Ce mécanisme de redistribution équitable des ressources minières était censé transformer durablement les territoires (Faradje et Watsa) affectés par l’exploitation aurifère depuis des années.

Cependant, plus de dix ans après son lancement, quel est le bilan réel ? Pourquoi ce dispositif, qui devait incarner un modèle de justice locale, suscite-t-il tant de soupçons, de frustrations et de conflits ?

Les événements récents ont ravivé les discussions : suspension de l’équipe intérimaire, audit sévère de la Cour des comptes, accusations de détournements, mécontentement des exploitants artisanaux… Une fois de plus, la gestion de la Dot-Kibali est critiquée, et les appels à « remettre de l’ordre » se multiplient.

Mais au fond, est-il suffisant de changer les personnes ? Ou devons-nous examiner plus en profondeur le système lui-même : sa structure, ses mécanismes de contrôle, et son ouverture réelle aux communautés bénéficiaires ?

La rédaction d’ActuAfrique7.cd, pense que le problème dépasse le cadre de quelques individus malintentionnés. Il concerne la manière dont ce fonds est conçu, perçu et géré.

Trop souvent, les communautés sont réduites à un rôle de spectatrices. Les décisions sont prises sans leur consultation, ou dans un simulacre de participation. Les projets sont mal expliqués, les budgets peu détaillés, et les résultats difficiles à évaluer. Le manque de transparence alimente la méfiance, qui devient un terreau fertile pour la désinformation et la manipulation.

Pourtant, dans ce tableau sombre, quelques lueurs d’espoir émergent. La récente réunion communautaire à Durba et la visite des projets en cours — notamment la centrale solaire de Surur— montrent qu’il est possible d’instaurer des dynamiques positives. À condition qu’elles soient sincères, constantes et soutenues.

Cependant, ces gestes ponctuels ne suffiront pas à rétablir la confiance. Il est nécessaire d’aller plus loin : redéfinir la relation entre la dotation et les communautés. Placer la responsabilité au cœur du dispositif. Ouvrir les livres. Impliquer réellement les femmes, les jeunes et les leaders locaux. Donner du pouvoir, mais surtout des outils de suivi aux bénéficiaires directs.

Car, il est important de le rappeler, la Dot-Kibali n’est pas une faveur, encore moins une aumône. C’est une dette sociale et une obligation légale. Un droit communautaire. Elle doit être gérée non pas comme un fonds d’investissement technique, mais comme un patrimoine collectif à défendre.

Changer les individus ne suffit plus. Il faut modifier les pratiques, les règles, et surtout les mentalités. À commencer par celle qui considère encore ce fonds comme une source de profit politique où l’on déduit pratiquement 10% comme frais de fonctionnement. Un gâteau évalué à plusieurs milliers de dollars qui finissent chaque année dans les ventres d’un conglomérat de jouisseurs.

Le Haut-Uele mérite mieux qu’une série de scandales et de petites victoires isolées qui n’honorent pas le combat que mène le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo dans le secteur. Il mérite une vision de long terme, fondée sur la transparence, la compétence et la coresponsabilité.

C’est sur cela que ActuAfrique7.cd appelle les autorités, les partenaires de Kibali, les leaders communautaires et chaque citoyen à se mobiliser. Pas seulement pour critiquer. Mais pour construire.

Car si la dotation communautaire est aujourd’hui prise en otage, il ne tient qu’à nous de la libérer.

La rédaction