RDC: Se souvenir de Laurent-Désiré Kabila pour repenser l’État congolais( Tribune de Charles le-bon NGWANIMA)

Chaque 16 janvier, la République Démocratique du Congo s’arrête pour se souvenir de Laurent-Désiré Kabila, président assassiné en 2001 au cœur même du pouvoir qu’il incarnait. Cette date, inscrite dans notre mémoire nationale, ne devrait pas être une simple routine commémorative. Elle doit rester un moment de réflexion profonde sur notre trajectoire politique, notre rapport à la souveraineté et l’avenir de l’État congolais.

Laurent-Désiré Kabila fut avant tout un homme de rupture. En 1997, il mit fin à plus de trois décennies de régime mobutiste et porta l’espoir d’un renouveau national. Son discours était clair : restaurer la dignité du peuple congolais, réaffirmer la souveraineté du pays et rompre avec l’humiliation de l’ingérence étrangère. Pour beaucoup de Congolais, il demeure le symbole d’un refus courageux de la domination extérieure.

Mais l’histoire oblige à la lucidité. La lutte de Laurent-Désiré Kabila, si elle fut légitime dans ses intentions, s’est exercée dans un contexte de guerre permanente, d’isolement diplomatique et de faiblesse institutionnelle. Le pouvoir, fortement personnalisé, reposait davantage sur la loyauté des hommes que sur la solidité des institutions. C’est cette fragilité interne qui rendit possible l’irréparable : l’assassinat du chef de l’État par l’un des siens.

Cet acte tragique fut bien plus qu’un crime individuel. Il fut le révélateur brutal d’un État encore en construction, vulnérable aux divisions internes, aux jeux d’influence et à la violence politique. Vingt-quatre ans plus tard, cette réalité continue de nous interpeller.

Aujourd’hui, le Congo fait face à des défis qui, par bien des aspects, rappellent ceux de l’époque : insécurité persistante à l’Est, pressions extérieures, exploitation illicite des ressources naturelles, fragilité de la cohésion nationale. La souveraineté demeure un combat quotidien. Mais l’expérience nous a appris une leçon essentielle : la souveraineté ne se proclame pas, elle se construit.

Commémorer le 16 janvier, c’est reconnaître que le combat pour l’indépendance réelle ne peut plus reposer sur des figures providentielles ou sur la logique de la confrontation permanente. Il doit s’appuyer sur des institutions fortes, crédibles et respectées ; sur une armée véritablement républicaine ; sur une justice indépendante ; et sur une gouvernance qui place l’intérêt général au-dessus des loyautés personnelles.

Le Congo d’aujourd’hui n’est plus celui de 2001. Sa population est plus jeune, plus consciente, plus exigeante. Elle attend des actes, des résultats et une vision à long terme. Elle ne cherche plus des héros, mais un État qui fonctionne.

Honorer la mémoire de Laurent-Désiré Kabila, ce n’est donc ni l’idéaliser ni l’effacer. C’est accepter son héritage dans toute sa complexité : le courage de la rupture, mais aussi les limites d’un pouvoir sans institutions solides. C’est tirer de son destin une leçon politique majeure : aucun projet national ne peut survivre durablement sans unité interne, sans dialogue et sans respect des règles communes.

En ce 16 janvier, que notre recueillement soit aussi un engagement. L’engagement de transformer la lutte d’hier en construction durable aujourd’hui. Car la meilleure façon d’honorer Laurent-Désiré Kabila n’est pas seulement de se souvenir de sa mort, mais de réussir enfin le Congo pour lequel il disait se battre.

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