RDC-Rwanda : Accord de Paix à Washington – entre solution endogène et solution exogène. Réflexion de Godefroy MIDUANDULE (Analyste en géopolitique et géostratégie UNIVERSITÉ DE KISANGANI) 

La signature d’un accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda à Washington intervient dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes dans la région des Grands Lacs. Si cette initiative, appuyée par la diplomatie américaine, est saluée par plusieurs chancelleries occidentales, elle pose une interrogation essentielle déjà soulevée par *Stephen Krasner* : la souveraineté des États faibles est-elle réelle ou nominale face à l’ingérence des puissances ? Dans ce cas précis, s’agit-il d’une paix imposée de l’extérieur ou d’une volonté concertée des acteurs régionaux ?

La *solution exogène*, incarnée par la médiation des États-Unis, rappelle les critiques de *Roland Paris* sur le « peacebuilding libéral », où la paix est souvent conçue comme un produit standardisé, exporté vers des contextes locaux sans en comprendre les dynamiques internes. Derrière l’image d’un accord, se profile une gestion stratégique du conflit selon les intérêts géoéconomiques globaux, notamment sur les ressources critiques de l’Est congolais.

À l’inverse, plusieurs penseurs africains, tels que *Achille Mbembe* ou *Thandika Mkandawire*, insistent sur l’urgence d’une *réappropriation politique du destin africain*. La paix, pour être durable, doit être produite *de l’intérieur*, selon les logiques culturelles, politiques et sociales du continent. *Mahmood Mamdani*, dans ses travaux sur les conflits ethniques postcoloniaux, souligne que seule une approche centrée sur les citoyennetés réelles et la mémoire historique peut transformer les antagonismes durables.

Ainsi, la RDC ne peut continuellement s’en remettre à des accords parachutés à Washington ou à Bruxelles. Les *organisations régionales africaines* (CIRGL, SADC, UA), bien que trop souvent sous-estimées ou instrumentalisées, devraient être les *acteurs centraux* du règlement des différends. Comme le proposait *William Zartman*, les solutions africaines aux problèmes africains nécessitent des *cadres de médiation enracinés*, où les acteurs locaux ne sont pas de simples figurants mais les moteurs de la paix.

Il est temps de construire une *souveraineté diplomatique africaine responsable*, selon la formule de *Francis Deng*, pour laquelle chaque État doit non seulement être souverain, mais responsable devant ses citoyens et ses voisins. Le Congo, en tant que pays-pivot des Grands Lacs, a la responsabilité de poser les fondements d’un modèle régional de sécurité coopérative.

L’accord de Washington ne doit donc pas être rejeté, mais replacé dans une vision stratégique plus large : il ne doit être qu’une *étape tactique*, et non une fin en soi. Le vrai défi réside dans la mise en œuvre d’une paix *endogène*, légitime et souveraine, construite *par et pour les peuples africains.

Rédaction