RDC: Éduquer ou exclure ? Quand la grossesse devient un test de justice sociale( éditorial de Élias Magumba)

Chers citoyens de la République Démocratique du Congo,

Aujourd’hui, nous vous invitons à une réflexion profonde une réflexion sur nos valeurs, notre système éducatif, et surtout, notre regard sur les filles enceintes à l’école.

Il y a quelques semaines, le gouvernement de la République démocratique du Congo a pris une décision courageuse : permettre aux filles enceintes de continuer leur scolarité. Sans être exclues. Sans être stigmatisées.

Une décision portée par le ministère de l’Éducation nationale, soutenue par des associations de défense des droits de l’enfant, mais qui divise l’opinion.

Alors faut-il applaudir ou s’inquiéter ? Faut-il défendre l’école pour toutes, ou protéger la morale ?

Commençons par une vérité simple :
Une grossesse n’annule ni l’intelligence, ni la volonté, ni le droit d’apprendre.

Une fille enceinte reste une élève. Une fille enceinte reste un être humain en devenir. Et plus que jamais, elle a besoin d’être encadrée, soutenue, accompagnée pas rejetée.

L’école ne doit pas être un tribunal moral. L’école est un lieu d’apprentissage, de réparation, d’espoir. Un levier de justice sociale.

Exclure une fille parce qu’elle est enceinte, c’est lui dire : “Tu ne mérites plus d’avoir un avenir.”
C’est la punir deux fois : d’abord pour la grossesse souvent involontaire, parfois issue d’un abus puis en la privant d’éducation, donc de dignité et d’autonomie.

Et pendant ce temps, le garçon responsable, lui, reste sur les bancs. Où est l’équité ?

Ce que cette circulaire nous pousse à regarder en face, c’est l’hypocrisie d’un système qui fait de la jeune fille la seule fautive, et transforme l’école en filtre moral plutôt qu’en tremplin pour la vie.

Certains s’inquiètent : et la discipline ? Et les valeurs ? Et l’exemple à donner aux autres ?
Ce sont des questions légitimes. Mais la réponse n’est pas l’exclusion. La réponse, c’est l’éducation, l’organisation, l’accompagnement.

Il ne s’agit pas de banaliser les grossesses précoces. Il s’agit de ne pas y ajouter la violence du rejet.

Ce n’est pas en mettant les filles enceintes à la porte qu’on empêchera les grossesses précoces.
C’est en leur donnant les moyens de comprendre, de se protéger, de choisir. Et cela commence à l’école.

Cette décision nous invite à changer notre manière d’éduquer :
• Former les enseignants à l’écoute.
• Offrir un suivi psychosocial aux jeunes filles concernées.
• Éduquer aussi les garçons. Car la responsabilité est partagée.

Et surtout, ne plus cacher nos failles sociales sous le tapis de la honte. Grossesses précoces riment trop souvent avec pauvreté, silence, abus et inégalités. Ne frappons pas les victimes. Corrigeons le système.

Certaines voix religieuses s’opposent à cette décision. Elles parlent de morale, d’image de l’école, d’exemplarité. Elles ont droit à la parole.
Mais rappelons ceci : la foi, la morale, la charité chrétienne n’ont jamais exclu celui qui est tombé, elles tendent la main pour le relever.

Le gouvernement ne promeut pas la dépravation. Il affirme qu’une fille enceinte mérite, elle aussi, une seconde chance.

Chers lecteurs, dans nos villages, dans nos familles, nous connaissons tous l’histoire d’une fille renvoyée, abandonnée, brisée dans son rêve.

Et si, aujourd’hui, nous changions cette histoire ?
Si nous faisions de l’école un lieu d’accueil, pas d’exclusion ?
Si nous choisissions la justice au lieu de la honte, l’espoir au lieu du rejet ?

Ce débat est délicat. Il touche à nos traditions, à nos convictions. Mais c’est précisément pour cela qu’il est fondamental.

La grandeur d’une société ne se mesure pas à la sévérité de ses jugements, mais à sa capacité à redonner un avenir à ceux qui chutent.

Oui, une fille enceinte peut continuer l’école.
Non, cela ne ruine pas la discipline.
Au contraire, cela élève notre humanité.

Merci pour de nous lire.

Une position éditoriale de la rédaction Actuafrique7.cd

Elias Magumba